Qui est vraiment le « bon Samaritain » ?

 

    Connaissez-vous la célèbre parabole qui a donné naissance à l’expression « bon Samaritain » ? Aujourd’hui, nous l’utilisons couramment pour désigner une personne venant en aide à une autre, souvent un inconnu. Mais derrière cette définition, se cache une réalité bien plus profonde. Pourquoi dans les Evangiles, Yeshoua a-t-il précisément choisi un Samaritain pour illustrer son propos ?

Pour le comprendre, il est indispensable de plonger dans le contexte historique et biblique de ce peuple singulier.

 

L’origine des Samaritains : entre exil et compromis

 L’histoire des Samaritains commence par une rupture géographique. Le livre de 2 Rois 17:24-27 nous apporte un éclairage crucial sur leur identité :

 

« Le roi d’Assyrie fit venir des gens de Babylone […] et les établit dans les villes de Samarie à la place des enfants d’Israël. […] Lorsqu’ils commencèrent à y habiter, ils ne craignaient pas l’Éternel, et l’Éternel envoya contre eux des lions qui les tuaient. »

  » וַיָּבֵא מֶלֶךְ-אַשּׁוּר מִבָּבֶל (…) וַיֹּשֶׁב בְּעָרֵי שֹׁמְרוֹן, תַּחַת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל (…) וַיְהִי, בִּתְחִלַּת שִׁבְתָּם שָׁם, לֹא יָרְאוּ, אֶת-יְהוָה; וַיְשַׁלַּח יְהוָה בָּהֶם אֶת-הָאֲרָיוֹת, וַיִּהְיוּ הֹרְגִים בָּהֶם. « 

« Vayaver mele’kh achour mibavel (…) vayoshev béaré shomron ta’hat bné yisrael (…) vayéi bit’hilat shivtam sham lo yarou et YHWH vayéshala’kh YHWH bahèm et hahaharot vahiyéou orgim bahèm »

   

Face à ce fléau, le roi d’Assyrie ordonna qu’un prêtre israélite vienne leur enseigner « la manière de servir le dieu du pays ». C’est ainsi que les Samaritains apprirent à craindre l’Éternel. Cependant, cette conversion n’était pas totale. Le texte précise au verset 32 :

 

« Ils craignaient aussi l’Éternel, et ils se créèrent des prêtres des hauts lieux… » 

« וַיִּהְיוּ יְרֵאִים, אֶת-יְהוָה; וַיַּעֲשׂוּ לָהֶם מִקְצוֹתָם כֹּהֲנֵי בָמוֹת » 

 » Vayiéou yiréim et YHWH vaayassou lahèm miktsoutam cohané vamot « 

   

Ce peuple vivait donc dans un compromis spirituel : ils mélangeaient l’adoration du Dieu d’Israël avec leurs anciennes pratiques païennes. Cette dualité explique, entre autres, leur rapport conflictuel avec les Juifs.

 

Une relation marquée par l’hostilité

 Cette tension historique est flagrante dans les Évangiles. Dans Jean 4:7-9, lors de la rencontre entre Yeshoua et la Samaritaine au puits, cette dernière s’étonne :

« Comment toi, qui es Juif, me demandes-tu à boire, à moi qui suis une femme samaritaine ? »

    L’apôtre Jean ajoute d’ailleurs une précision de taille : « Les Juifs, en effet, n’ont pas de relations avec les Samaritains. » C’est dans ce climat de barrière culturelle et religieuse que la parabole prend toute sa force.

 

« Aimer mon prochain » : qui et comment ?

 

Dans Luc 10:25-29, un docteur de la loi interroge Yeshoua sur la vie éternelle. Yeshoua le renvoie au commandement fondamental : aimer Dieu et « son prochain comme soi-même ».

Mais l’homme, cherchant à se justifier, insiste : « Et qui est mon prochain ? » C’est une question que nous nous posons encore : Jusqu’où s’arrête mon devoir ? Qui mérite mon aide ?

Pour répondre, il faut comprendre le mot hébreu Réa, prochain en français, utilisé dans le Lévitique 19:18 :

« Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »

 

Réa ne désigne pas seulement l’ami ou le semblable. Il englobe celui avec qui nous sommes en relation, même si cette relation est difficile.

Aimer son prochain selon la Bible, c’est agir concrètement pour son bien. C’est une posture de soin et de responsabilité, semblable à celle d’un berger pour ses brebis. C’est un amour qui ne dépend pas du mérite de l’autre, mais de notre volonté de refléter le cœur de Dieu.

 

Pourquoi le choix du Samaritain est-il révolutionnaire ?

En choisissant un Samaritain comme héros, Yeshoua brise tous les codes. Pour son auditoire juif, le Samaritain est l’étranger suspect, celui dont la foi est impure.

Pourtant, dans l’histoire, c’est lui, et non les prétendus religieux, qui s’arrête, qui soigne les plaies du nécessiteux et qui paie de sa poche. Par ce revirement de situation, Yeshoua montre que le prochain peut être précisément celui que nous aurions tendance à tenir à distance.

 

Une invitation pour aujourd’hui

 

L’histoire des Samaritains nous rappelle que Dieu nous appelle à aimer au-delà de nos cercles de confort. Aimer quand c’est difficile. Aimer malgré les blessures passées. Aimer celui qui ne nous ressemble pas. La vraie question devient alors : Sommes-nous prêts à aimer sans condition ?

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Qui est vraiment le « bon » samaritain ?

2 juin 2026/

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